La Cité Provisoire : Un peu d'Histoire

La construction du Camp de Transit britannique...

Cliquez sur les miniatures soulignées pour agrandir les images

Le 16 janvier 1945 les Informations Dieppoises publient une annonce : " Les ouvriers qui se trouvent licenciés des chantiers britanniques sont priés de bien vouloir se faire inscrire de toute urgence à l'Office Régional du Travail, 22 rue Victor Hugo à Dieppe qui sera chargé de leur procurer du travail dans la mesure du possible"

Et d'ajouter un peu plus bas : " Les chefs d'entreprises qui auraient la possibilité d'employer des ouvriers spécialisé ou non spécialisés sont instamment priés de faire connaître leur besoin en main d'œuvre à l'Office Régional du travail, 22 rue Victor Hugo".

Dans un article du 29 janvier 1946,intitulé " L'hippodrome de Rouxmesnil rouvrira-t-il ses portes cette année ?" le journaliste précise que " Il y eut aussi, l'an passé, l'installation provisoire du camp de transit britannique qui ne fut pas pour remettre en état, loin de là, les pistes du champ de courses.". Ce qui situe la date de sa construction approximativement début 1945 voire fin 1944, et pourtant, déjà en 1944, Dieppe était un des centres de transit où embarquent les troupes britanniques qui rentraient chez elles...

Ainsi pouvons nous situer sa construction approximativement entre le 1er septembre 1944, date de la libération de Dieppe et le 16 janvier 1945, date à laquelle un appel est lancé aux ouvriers licenciés des chantiers britanniques. Je n'ai malheureusement trouvé aucune autre trace de cette construction....

Ce camp sert aussi pour le stockage du matériel et des vivres qui alimentent les lignes du front. Ce stockage est situé sur l'emplacement de ce qui deviendra la Cité Michel

Une cité entière a été construite à cette occasion à la sortie de la ville, sur l’ancienne « Piste de Janval ». Cette piste servait de piste d’entraînement pour les chevaux, lors des courses hippiques. La construction de ce camp donne du travail à de nombreux Dieppois.



Article des Informations Dieppoises du 4 décembre 1945 intitulé " On a fêté, dimanche le 500 000ème soldat britannique passant par Dieppe "

Le port de Dieppe, chacun le sait, est actuellement utilisé par l'Armée Britannique pour le rapatriement des soldats en occupation sur notre continent. Permissionnaires et démobilisés arrivent chaque jour à la gare par trains spéciaux et, après un court séjour au camp Medloc à Janval, sont acheminés par paquebot vers la Grande Bretagne.

Dimanche dernier, comme chaque jour, entrait en gare, un train venant de Toulon. mais il devait donné lieu à une brève cérémonie car dans le troisième wagon se trouvait le 500 000 ème soldat passant par Dieppe. Le quai de débarquement, pour cette circonstance, avait été pavoisé de nombreux drapeaux alliés et le hall de la gare, lui aussi était traversé de multiples banderoles. la locomotive avait été écorée par des cheminots dieppois et les armes britanniques y alternaient avec les drapeaux.

Sur le quai se pressaient de nombreuses personnalités civiles et militaires, parmi lesquelles on pouvait noter la présence des généraux britanniques, Halstead et Buxner Randall, le général français Berger, chef des Services Militaires des Transports ; MM Soulard, chef du service d'Exploitation de la Région Ouest ; Doudemant, chef d'Arrondissement de Rouen, Duchesne, chef de gare de Dieppe, Lamotte, chef de Section, Turpis, chef de dépôt, etc...

A 12 h 30 précises le train entrait en gare et les autorités se pressèrent vers le compartiment sur lequel on avait PEINT 3 500 0007ME MEDLOC PASSENGER ".

Ce passager était le soldat John Bruce, écossais, natif de Barn Field du Régiment des GORDON HIGHLANDERS et, fait à noter, cheminot dans le civil.

Très heureux d'être démobilisé puisqu'il est marié et papa de trois enfants. John Bruce reçut les félicitations des autorités présentes puis après s'être complaisamment photographié et avoir reçu une gerbe de fleurs, il partira en voiture vers le château Michel où un déjeuner devait être servi.

Avant de quitter la gare, les généraux britanniques et français vinrent se recueillir près du monument élevé à la mémoire des cheminots Morts pour la France et le général Halstead déposa une gerbe de fleurs portant l'inscription " Hommage aux cheminots de la part de l'armée Britannique "

Ajoutons qu'avec les fêtes de Noël, si chères au cœur de tout anglais, les transports vont encore s'accélérer et que bientôt, peut-être, nous verrons le millionième soldat franchir le seuil de la gare de Dieppe, dernière étape du retour vers la terre natale.


On cite un chiffre de 735 000 soldats ayant transités par Dieppe entre fin 1944 ou début 1945 et le 17 mai 1946.

Des baraquements sont également construits sur le parc Jehan Ango pour servir à l'hébergement des prisonniers de guerre revenant d'Allemagne par bateau. Les prisonniers de guerre allemands sont hébergés eux dans l'ancienne briqueterie Legros transformée en camp de prisonniers (à l'emplacement aujourd'hui du groupe scolaire de Broglie).

Le Terminal Transit Camp Janval Dieppe est baptisé MEDLOC. Il ne s'agit pas d'un Mr Medloc, mais les initiales de Méditerranée Line of Communication. Celle-ci à été créée en 1915, mais à fonctionné à nouveau de 1945 à 1955. Les trains MEDLOC ont transporté de nombreux soldats Britanniques permissionnaires ou démobilisés. Ceux ci utilisaient trois itinéraires qui traversaient la France de Toulon à Dieppe ; de Milan à Calais ; et de Villach( en Autriche) à Calais. On imagine aisément pourquoi le Camp de Transit de Dieppe fut baptisé MEDLOC. !

Témoignage d'un garçon dans le pays ROYAL AIR FORCE Par Dick Croot

J'ai finalement obtenu mon affectation à domicile après quatre ans à partir de l'étranger et a navigué à Alexandrie, en Egypte, près de Toulon Hyères, France, et ensuite par le train à 48 heures sur les sièges en bois à Dieppe.

We had to wait for three days at a transit camp for a boat across the Channel because of bad weather and - then arrived at Newhaven and up to Nous avons dû attendre pendant trois jours à un camp de transit pour un bateau à travers le canal en raison du mauvais temps et est alors arrivé à Newhaven et jusqu'à London Londres by train, where we were given 14 days leave and to wait for a new posting. Par le train, où nous avons donné 14 jours de congé et d'attendre une nouvelle affectation.

Au-delà des lourdeurs bureaucratiques, les prisonniers recevaient une aide plus rapide et plus efficace de la société qui les entourait. La Croix Rouge leurs procurait des vêtements civils pour que ces soldats ressentent mieux la fin de la guerre. Comment ne voulez vous ne plus être soldat alors que vous portez un treillis ?

Le dernier soldat britannique passera par Dieppe le 17 mai 1946.

Voici un article du 17 mai 1946 qui confirme la fermeture du " Transit Camp"

Fermeture du Camp de Transit       Hier, le dernier bateau assurant le transport des militaires britanniques entre la France et l'Angleterre a quitté notre port.

Le camp de transit installé à Janval a, en effet, cessé de fonctionner et c'est maintenant par Calais que le transit va s'effectuer.

Regrettons sincèrement le départ de nos amis britanniques qui, depuis des mois, ont donné beaucoup d'animation dans notre ville.

Les rapports entre les autorités qui commandaient le camp et les autorités de la ville ont toujours été excellents et cordiaux et c'est avec beaucoup de regret que l'on verra partir le distingué colonel ROGERS et ses aimables officiers.

A l'occasion de ce départ, le colonel ROGERS a tenu, dimanche soir, à recevoir à l'Hôtel du Rhin plusieurs personnalités de la ville.

Avant l'excellent diner qui devait être servi, une courte réception a eu lieu au bar de l'hôtel, à laquelle assistaient MM Le Sidaner, sous-préfet et Biez, maire.

Des paroles très sympathiques furent prononcées par le colonel ROGERS puis par MM Le Sidaner et Biez qui, en anglais, exprimèrent leurs regrets et ceux de la population dieppoise du départ de nos alliés britanniques.


Témoignages de soldats avec description du Camp de Transit :

" Train crossed them at walking pace. At 6.45 am. Transit Camp near town, very good Conditions with everythin laid on. Very cold weather.".Sergent Len Scott RAPC

"...in a transit camp near Dieppe when we took a walk down to the local market. There, we saw chocolate on display at the most exorbitant price for one small piece from a broken up bar. Each piece being carefully and separately wrapped and individually priced. As we walked round the market place we were stopped and offered a fantastic sum of money for just one cigarette, for chewing gum, and for sweets and we were soon made to realise, if we had not already done so, that we in England were indeed relatively lucky compared to the ravaged contries of Europe especially in regard to foofstuffs. But there were not all that much time for a proper look round and within twenty four hours we were on our way aigain...". Robert O'Dells

Le capitaine RANDALL, un chef d'orchestre de jazz aussi connu en Angleterre que Ray Ventura en France, est le " patron" du " Cash Office ".

Je ne peux continuer cet historique sans le témoignage de Monsieur Jean AUBOURG qui a travaillé au Medloc Transit Camp en 1945-1946 puis qui a fait parti des Services du Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme.

Début 1945, dès qu'elle fut assurée de ne plus avoir à craindre des forces armées allemandes, l'armée britannique entreprit la construction d'un vaste camp militaire de transit, à la sortie de Dieppe, à Janval, en bordure de la route de Rouen et de Paris, à la hauteur du château Michel.

A cette époque, Dieppe était, en effet, le port français, presque intact et accessible, le plus proche des ports anglais de la Manche( Newhaven, Brighton) et présentant le maximum de sécurité pour assurer un trafic maritime régulier entre le continent et les Iles Britanniques. La réalisation du camp fut confiée au "Royal Engeneers Corps" qui correspond aux services du Génie dans l'armée française, . Compte tenu de l'importance des moyens mécaniques et de la main-d'œuvre militaire utilisés, la rapidité d'exécution fut assez spectaculaire. En quelques mois, sur ce qui, à l'époque, n'était qu'un vaste herbage, presque en pleine campagne s'élevèrent une quarantaine de bâtiments préfabriqués desservis par une voirie en béton et alimentés en eau, électricité et égouts. La majorité des bâtiments qui étaient en bois avaient la forme, au sol, d'un H dont les 2 branches latérales étaient aménagées en dortoirs et la branche de jonction en locaux sanitaires. Au milieu de la voix centrale du camp furent édifiés des bâtiments semi circulaires du type "métro" en tôles ondulées noires du plus triste effet. Les plus petits mesuraient 11m de long sur 6m de large et n'étaient éclairés qu'aux extrémités . Les plus grands mesuraient presque le double et étaient de plus éclairés par des châssis ouvrants latéraux du type " chien assis" Ces bâtiments très rudimentaires, surtout sur le plan isolation thermique ,abritaient les installations de douches et de lavabos destinés aux soldats de passage dans le camp.

A l'entrée du camp, sur le coté gauche de la route d'accès ont été installées de grandes tentes de couleur kaki pour abriter les cuisines, les réserves alimentaires et la cantine. Sur le coté droit de la route furent également édifiés des bâtiments en tôles ondulées noires type métro, que les britanniques appelaient"huts"(eutce) et que, très rapidement, les français naturalisèrent " huttes ". C'est dans ce groupe de "huts" que s'installèrent les bureaux administratifs qui assuraient essentiellement le change des monnaies étrangères contre de la monnaie anglaise; on y délivrait également aux soldats une avance sur paye et on y procédait à une distribution de cigarettes, de chocolat, de savon dentifrice etc... Ce camp était, en effet, destiné à abriter, pour une nuit et une journée maximum, les soldats britanniques ( armée de terre,,,, Royal air force et Royal Navy) en provenance des théâtres d'opération du bassin méditerranéen ( Afrique du nord, Libye, Égypte, Moyen Orient, Grèce et Italie ) qui allaient en" permission " en Angleterre ou vers de nouvelles affectations en Europe. Ils avaient été acheminés par bateaux jusqu'en Italie, vraisemblablement au port de Gènes et en France à Toulon ensuive ils rejoignaient Dieppe par voie ferrée au départ de Turin ou de Toulon . Il y avait journellement deux trains qui arrivaient à Dieppe et un transport maritime qui partait pour l'Angleterre. Ce camp fut appelé " the Medloc Transit camp of Dieppe" MEDLOC était le sigle de Méditerranéan Line of communication. Ce n'était pas, ce que beaucoup de dieppois ont cru, le nom d'un homme célèbre ou d'un site réputé en Angleterre ou du Canada. J 'ai, en effet, été étonné, quelques années après la disparition de la Cité provisoire de Janval de découvrir une plaque qui indiquait " rue Rue Médlock" on y avait ajouté un K pour que cela fasse plus couleur locale Outre-manche. Seuls ,les hommes de troupe et les sous -officiers étaient logés dans le camp. les officiers étaient logés au château Michel ainsi que le personnel militaire chargé de l'exploitation du camp. Le personnel civil auxiliaire recruté parmi la population de Dieppe et des environs était nourri le midi, à la cantine même temps et dans les mêmes conditions que les militaires. Une vraie aubaine après ces quatre années de restrictions et qui, de plus, nous permettait d'économiser nos tickets d'alimentation toujours en vigueur . Personnellement, j'ai travaillé presque 1an dans ce camp, au titre de "french clerk" affecté au bureau de la paye .... J'ai eu ainsi l'honneur et surtout la chance- en temps que chercheur d'emploi"- de faire temporairement partie du personnel auxiliaire du R.A.P C-( Royal Armey Pay Corps) " on His Majesty's service"- la dite Majesty étant à l'époque Georges VI ; En ce temps là, les Anglais chantaient respectueusement " God save the King"

Cela fait 55 ans qu'ils ne l'ont plus jamais chanté!

Au cours du premier semestre 1946, l'armée britannique évacua le Medloc transit camp et le transféra à Anvers où il s'appela certainement " the Medloc Transit Camp of Anvers" Et celui de Dieppe devint alors, prosaïquement, " le camp de Janval".

Le complexe militaire qui, pendant plusieurs mois, avait connu une activité intense et bruyante devint, presque du jour au lendemain, une cité fantôme.

Compte tenu de leur faible temps d'occupation , les bâtiments étaient en bon état.


La guerre est finie. Il faut penser maintenant à l’avenir et à la reconstruction...

Cliquez sur les miniatures soulignées pour agrandir les images

Un premier courrier datant du 14 mars 1946 adressé du Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme à Monsieur le Vice-Président du Consei Général, Maire de la ville de Dieppe

courrier du Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme à Monsieur le Vice-Président du Consei Général, Maire de la ville de Dieppe       En réponse à votre lettre du 28 février 1946, j'ai l'honneur de vous informer que Monsieur le Maire de BERNEVAL, au moment de sa démarche auprès de vous-même, était mal informé. Depuis cette date, j'ai eu l'avantage de le rencontrer et de remettre les choses au point.

Lorsque l'exécution du programme prévu au TREPORT avait été décidée, j'avais, pour ces constructions, fait un appel d'offre et l'entreprise YVES ANDRE, travaillant à BERNEVAL était la moins disante; les travaux du TREPORT lui furent donc confiés avec exécution prévue au printemps.

L'entreprise YVES ANDRE a une surface suffisante pour mener à bien et conjointement les travaux au TREPORT et à BERNEVAL et le fait d'accorder la construction de ces transitoires à l'entreprise précitée ne pouvait donc entraîner son départ de BERNEVAL.

D'ailleurs le programme de cette commune, un moment suspendu, pour étude du budget 1946 par le nouveau ministère va suivre son cours.

Quant au programme de DIEPPE, le Ministre pour des raisons de crédit a ramené provisoirement les Constructions Transitoires de 40 à 20, mais j'attribue à votre ville, en compensation, quelques maisons suédoises en plus des 10 dont le montage est déjà en cours d'exécution.

Espérant que cette mise au point vous donnera tout apaisement, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma haute considération.

Le second témoignage de Monsieur Aubourg :

Le fait qu'ils soient déjà desservis par des réseaux divers et la capacité de logement qu'ils offraient attirèrent l'attention de Monsieur Rimbert ,architecte parisien qui, d'après les documents que vous avez eu l'obligeance de me transmettre, projetait de transformer ce camp de transit en " centre d'hébergement balnéaire" capable de recevoir simultanément et dans des conditions convenables 1000 familles ou 5000 enfants.

Voici le courrier de M Rimbert au maire de Dieppe :

courrier de M Rimbert au maire de Dieppe       Le camp de transit militaire britannique dont je fus, avec le colonel HENRY, le promoteur, va être rendu au Ministère des Prisonniers et très probablement transféré au Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme pour démolition.

Je crois continuer à servir les intérêts de votre ville en vous suggérant de solliciter soit du sous-secrétariat d'état au Tourisme ( où j'ai quelques amitiés personnelles) l'administration immédiate du camp de Janval en un centre d'hébergement balnéaire pour vacances payantes de gens modestes, soit de l'Entraide française, l'affectation à des colonies de vacances.

Grâce aux relations que j'ai conservées avec le ROYAL ENGENEERS CORPS et le Ministère des F.D.E. et aux moyens techniques des coopératives ouvrières, il m'est possible de mettre Janval en état de recevoir simultanément et dans des conditions convenables, 1 000 familles ou 5 000 enfants à partir du 1er juillet si une décision intervient avant la fin mai avec un crédit de Trois millions.

Si le principe de cette opération peut intéresser votre municipalité et Monsieur le Sous Préfet de Dieppe veut bien lui réserver un accueil favorable, nous pourrions prendre rendez-vous pour en examiner la réalisation

Veuillez agréer, monsieur le maire, mes salutations empressées.

Voici le courrier que le maire de Dieppe rédige en retour, il est daté du 17 mai 1946.

Réponse de M le Maire à M Rimbert       Je m'empresse de vous accuser réception de votre lettre d'hier que je viens de recevoir.

Les autorités britanniques quittent effectivement notre ville et je pense que pour la fin du mois, tous seront partis.

La question dont vous m'entretenez aujourd'hui est déjà à l'étude dans nos services depuis quelques semaines et deux délégués de ROUEN sont venus la semaine dernière à la Sous-préfecture où nous avons eu un rendez-vous.

Il ne m'apparaît pas, d'après les renseignements que j'ai obtenus jusqu'à présent, que ce camp soit susceptible de pouvoir servir de relogement pour les sinistrés car les baraques qui y sont montées, sont des plus rudimentaires et ne semblent pas s'y prêter. Il m'apparaît néanmoins, au sens de votre lettre, que vous pensez le contraire.

Quels sont par conséquent les améliorations ou les aménagements que vous pourriez prévoir pour y mettre des sinistrés.

Il est résulté de notre dernière conférence que ce Camp devrait être utilisé uniquement que comme camp de vacances pour les enfants qui y viendraient passer quelques semaines.

Les colonies qui viendraient s'y installées seraient tout d'abord des colonies départementales et je crois d'autre part que Paris s'intéresse également à la question et pour envoyer un millier d'enfants qui se renouvelleraient par groupe.

Je serais heureux de m'entretenir de cette question avec vous et M le Sous-Préfet auquel je transmets votre lettre pour information.

Je suis à votre immédiate disposition pour prendre un rendez-vous, si vous le souhaitez et surtout si vous pouvez faire quelque chose d'utile pour nous aider.

Je vous prie d'agréer, Mon cher Monsieur Rimbert, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

M Biez, maire de Dieppe, envoie le même jour à Monsieur le Sous-Préfet un courrier dont voici la teneur :

courrier de M le Maire à Monsieur le Sous-Préfet       Je viens de recevoir de M. Fernand RIMBERT, Architecte, 37 Avenue de Versailles à Paris, une lettre ainsi conçue : "

Le camp de transit militaire britannique dont je fus, avec le colonel HENRY, le promoteur, va être rendu au Ministère des Prisonniers et très probablement transféré au Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme pour démolition.

Je crois continuer à servir les intérêts de votre ville en vous suggérant de solliciter soit du sous-secrétariat d'état au Tourisme ( où j'ai quelques amitiés personnelles) l'administration immédiate du camp de Janval en un centre d'hébergement balnéaire pour vacances payantes de gens modestes, soit de l'Entraide française, l'affectation à des colonies de vacances.

Grâce aux relations que j'ai conservées avec le ROYAL ENGENEERS CORPS et le Ministère des F.D.E. et aux moyens techniques des coopératives ouvrières, il m'est possible de mettre Janval en état de recevoir simultanément et dans des conditions convenables, 1 000 familles ou 5 000 enfants à partir du 1er juillet si une décision intervient avant la fin mai avec un crédit de Trois millions.

Si le principe de cette opération peut intéresser votre municipalité et Monsieur le Sous Préfet de Dieppe veut bien lui réserver un accueil favorable, nous pourrions prendre rendez-vous pour en examiner la réalisation "

M.RIMBERT semble avoir des idées excellentes pour nous aider et d'autant plus qu'il parait disposer de crédits importants, je lui ai répondu immédiatement que je serais très heureux de le voir et si vous le voulez bien, nous pourrions le rencontrer ensemble s'il veut bien passer à Dieppe très prochainement.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Sous-préfet, l'assurance de mes sentiments distinguées.

Monsieur Aubourg de continuer :

Il est indéniable que cet architecte ne joua aucun rôle dans la réalisation du projet, beaucoup plus réaliste, de transformation des bâtiments de ce camp militaire en 130 logements destinés à recevoir également "simultanément et dans des conditions convenables des familles sinistrées de Dieppe.

En effet, fort judicieusement, les autorités administratives supérieures donnèrent la priorité à la Municipalité de Dieppe dont la préoccupation première , à cette époque, était le problème du relogement de ses sinistrés. L'affectation, à cette fin, de ce camp militaire britannique peut être considérée comme un " don du ciel" en compensation de tout ce qu'on a pu en recevoir durant ces quatre années.

Il ne faut pas , en effet, oublier que, du 18mai 1940 au 17juin 1944, la ville de Dieppe a subi 40 bombardements aériens qui causèrent de grands dégâts collatéraux, auxquels il convient d'ajouter ceux provoqués par le raid du 19 août 1942 et les "retombées des tirs de la D.C.A. allemandes et des mitraillages fréquents de l'aviation alliée.

En quatre ans, les dieppois subirent 830 alertes de jour comme de nuit. Pour la "petite histoire", la dernière eut lieu le 1er Novembre1944 ( ces chiffres sont tirés d'un rapport établi par les "Amys du Vieux Dieppe")

Beaucoup de familles déjà sinistrées et celles qui craignaient de l'être, étaient allées se réfugier dans des villages de la région, quelquefois éloignés. Elles s'y sont senties plus à l'abri jusqu'à ce que les Allemands prirent l'habitude de faire survoler ces havres de paix par ces engins qu'eux appelaient des V1 et nous des" rabots ou des casseroles" compte tenu de ce que les premiers instants de leur envol étaient parfois aléatoires Les V1 avaient néanmoins un avantage sur les "Spitfires, les Mosquitos et autres types d'avions de chasse alliés, on les entendait arriver de loin.


C’est suite à un arrêté du 5 mars 1946 émanant du Ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme en faveur des sinistrés de Dieppe qu’un Service Municipal de Logement voit le jour le 7 mars. Celui-ci désigne la SEMAD comme Maître d’Ouvrage pour la reconstruction de la ville et le relogement des sinistrés. Celle-ci réalise dès mars 1946 un inventaire des besoins. En quelques jours, se sont plus de 154 demandes de familles qui arrivent au Service des Sinistrés. D’autres viendront s’ajouter plus tard, quand toutes les familles évacuées reviendront à Dieppe. Cette même année, la municipalité récupère le Camp de transit Britannique pour en faire des logements sociaux.

Le 5 août suivant, Monsieur le Maire de Dieppe reçoit Monsieur Dupuy, Architecte, chargé de la transformation du Camp de Transit de Janval en vue d’une utilisation pour les sinistrés. Il s’agit de 61 baraquements, formés de deux logements chacun. Le premier avec une salle commune et quatre chambres et le second avec une salle commune et trois chambres. Tous les logements possèdent une buanderie et un WC. Il est convenu que trois pièces par logement seront chauffées. La première tranche livrée est prévue le 1er octobre 1946, soit 34 logements. Mais les faits en décideront autrement ! Plus de cent logements seront livrés en même temps.

Les entreprises dieppoises choisies pour la reconstruction se mettent au travail dès le...mais le chantier prend du retard. Le 14 février 1947, Monsieur Verdier, Adjoint au Président de la Commission du relogement, reçoit même un courrier émanant du Président du Conseil de SEINE-INFÉRIEURE, lui demandant d’activer l’affectation des baraquements du Camp de Transit.

La question du risque d’incendie de ces baraquements en bois a inquiété le Maire de la ville dès le 5 août 1946. En effet, dans un courrier datant de ce jour là, il pose la problématique de savoir à qui incombera les charges d’assurances contre le feu. Il soumet à la Commission du Relogement, l’idée qu’une permanence soit établie par les Sapeurs Pompiers.

courrier de M le maire de Dieppe       M le Maire a reçu, le 5 août 1946 Monsieur Dupuy, Architecte chargé de la transformation du Camp de Janval en vue d'utilisation pour les sinistrés.

Celui-ci comprends 61 baraquements ; chacun de ceux-ci sera aménagé en 2 logements; l'un formé d'une salle commune et de 4 chambres, l'autre d'une salle commune et de 3 chambres. Chaque logement possèdera également ue buanderie et des W.C. Trois pièces par habitations seront chauffées.

M le Maire s'est vivement inquiété de la question du risque d'incendie, ainsi que de savoir à qui incomberait les charges d'assurances contre le feu. Il semble qu'une personne devrait être établie par les Sapeurs-Pompiers. M le Maire tient à soumettre cette importante question à l'examen de la Commission du Relogement.

Par ailleurs, Monsieur Dupuy estime pouvoir livrer la première tranche de ces habitations, soit 34 logements pour le 1er octobre prochain.

Cette idée fut acceptée, puisque dès juin 1947, mon grand père est nommé Sapeur Pompier Permanent de la Cité Provisoire. Il y emménagera avec ma grand mère et leurs trois enfants Albert, Claude, mon papa et Paulette, dès cette date.


La vie s'installe ainsi, doucement au Camp de Transit...

Cliquez sur les miniatures soulignées pour agrandir les images

Pour faciliter les secours en cas d’incendie, il réalise de sa propre initiative, ce que l’on peut appeler aujourd’hui, le premier plan de la Cité Provisoire. Le seul très certainement. Sur une feuille blanche, collée sur un carton, il prend soin de dessiner une à une toutes les maisons. Avec délicatesse, il note à l’encre violette, le nom des rues, les numéros des habitations. Il situe exactement les écoles, les commerces et…les bouches d’incendie. C’est ma tante Paulette qui a veillé pendant toutes ces années passées sur ce trésor. Elle l’a partagé avec moi, aujourd’hui, c’est à mon tour de le partager avec vous.

C’est ainsi que le dimanche 12 octobre que l’inauguration de la Cité Provisoire a lieu, mais les familles y ont déjà emménagées depuis le mois de septembre précédent.



Inauguration du Camp de Transit. Article des informations Dieppoises en date du 14 octobre 1947

La matinée de dimanche a été consacrée à deux visites officielles dans des quartiers différents : Caude-Côte et janval. C'est dans la cour de la mairie que se réunirent les personnalités locales invitées à ces inauguration. Aux côtés de M Biez, Maire ; M Petit et Pinsdez, Adjoints ; Les Conseillers Municipaux ; M Lefebvre, Secrétaire Général ; M Neuquelman, Secrétaire de Mairie ; Melle Léard, Directrice du Collège des filles ; M Guigot, Principal du Collège Jehan Ango. Dans un premier temps les autorités ont gagné le Terrain des Sports de la Route de Pourville en autobus dieppois pour son inauguration. Il se sont ensuite dirigés vers Janval et le Camp de Transit où les attendaient M Labbé, délégué Départemental du MRU ainsi que M Levieux, Chef d’Arrondissement, leurs adjoints ainsi que les représentants des entreprises qui ont travaillé à la réhabilitation du Camps de Transit en Cité Provisoire....

...Le cortège s’engagea dans l’allée principale puis gagna un baraquement nouvellement aménagé. Il fut visité dans les moindres détails.... Puis ce fut la visite des deux écoles, garçons et filles, fraîchement peintes et parfaitement aménagées avec un réfectoire installé dans les anciennes cantines anglaises et un grand préaux. A ce jour du 12 octobre 108 familles y ont déjà trouvé logements et 380 enfants fréquentent ces deux établissements

...C'est sur des promesses précises que se termine cette visite d'un lieu où les sinistrés ont à leur disposition de coquettes habitations.....

Des bâtiments en tôles en forme de demie-lune servant qui avaient servi d’abris, de cuisines et d’intendance aux troupes britanniques lors de leur retour d’Égypte sont également utilisées comme logement.

L'électrification ne se fera que quelques jours après, le 21/10/1947 :

Electrification du Camp       A quelques jours d'intervalles, nous avons été amenés à prendre la direction de l'ancien camp de Transit de Janval où plusieurs centaines de familles sinistrées de Dieppe ont trouvé un refuge solide : le Dimanche 12, comme nous l'avons relaté dans notre numéro du mardi suivant, c'était pour l'inauguration officielle du Camp en présence de M Labbé, du MRU et de M Biez, maire de Dieppe ; samedi dernier, c'était pour assister, à l'entre en vigueur du réseau électrique desservant le " village des bois"

En effet, l'ancien camp de transit n'était pas encore doté de cet aménagement courant. Si l'électricité existait du temps de l'armée anglaise, elle avait subi, depuis, de sérieuses modifications et réparations qui n'avaient pas permis de la donner aux sinistrés de ce quartier. C'est une lacune comblée maintenant et, grâce à la diligence des services de l'Électricité et France et aux travaux effectués par plusieurs entreprises privées, le Camp de Transit st l'égal des autres quartiers de la ville.

Pour que se réalise le désir des habitants, il a fallu réparer le poste, les branchements te le réseau de distribution. Il a fallu enfin poser les compteurs individuels, qui s'élèveront au nombre de 108. Tous sont à peu près placés, mais il en reste une trentaine qui entreront en fonction d'ici la fin de la semaine.

Samedi donc, dans l'allée principale du Camp se réunirent M Biez, maire; M Guilleminot, directeur départemental de l'Électricité de France, MM Bout et de Mathausen, ingénieurs; M Suplice, chef de service du MRU; les représentants des entreprises Mercier, Manach et Elina, etc..., accompagnés de M Goubert, responsable du Camp. Ces diverses personnalités se rendirent au transformateur et c'est M Biez, qui, en mettant l'interrupteur général, eut le plaisir de donner l'électricité aux habitants du lotissement.

Inutile de dire que cette mesure fut favorablement accueillie par tous les usagers. C'est d'ailleurs ce qu'exprima M Goubert au cours du vin d'honneur qui suivit et qui était offert par l'Union des Locataires. Chacun est heureux de ce retour qui va permettre une notable amélioration de la vie quotidienne du Camp. Et tous les orateurs s'associèrent pour remercier les représentants des entreprises Elina, Mercier et Manach, leurs ouvriers et la direction et le personnel de l'Électricité de France qui, en un temps record, ont effectué des travaux particulièrement bienvenus au moment où les journées se font de plus en plus courtes.


La Cité Provisoire s’organisera, le temps l’y aidant en véritable petit village avec ses écoles, ses commerces, son gardien et son Comité des Fêtes.

Electrification du Camp       Le 23 janvier 1948, un article parait dans les " Informations Dieppoises " avec l'intitulé :

" Camp de Transit " Le Maire de la Ville de Dieppe informe les électeurs et les électrices du Camp de Transit qu'ils doivent, de toute urgence, se présenter à la Mairie, Bureau des Elections, pour effectuer leur changement d'adresse.

Toutes les rues sont baptisées d’un nom en rapport avec le Canada : de Montréal, de la Chaudière, Mackensie King, Alifax, du Saint Laurent, Medlock, de l'Acadie.

Tous les logements ont l’eau courante, le tout à l’égout, des toilettes et un petit coin de jardin. Bien des maisons du centre ville ne sont pas si bien équipées ! Seul problème le jour de l’inauguration, c’est que l’électricité n’est pas encore installée. Elle le sera quelques jours après. Une solution provisoire qui durera plusieurs dizaines d'années. La population atteindra même 1 500 personnes. Les derniers habitants partiront vers 1975.

Petit à petit la vie du quartier s’organise. La Cité Provisoire devient à elle seule un véritable petit village avec :

- Deux ateliers de réparation de cycles tenu, l'un par Monsieur André Goubert dont le fils, Georges, devient le 3 mai 1948 le Gardien des Constructions Provisoires. L'autre par Monsieur Dujardin.

- Une charcuterie tenue par M et Mme Prouin au 141 rue d'Halifax.
- Une mercerie tenue par M et Mme Monneveu où les habitants pouvaient trouver vêtements, laine... au N° 14 B Rue de la Chaudière, où ils sont arrivés en 1953. Mais pas de.... fil à coudre (témoignage de Mme Breton)
- Une épicerie dont Mme Langlois est la propriétaire, son mari est ambulancier. C’est dans cette épicerie que tous les habitants se rencontraient pour y chercher le pain, les gâteaux, le charbon ou la bouteille de gaz. On y trouvait aussi de quoi faire le plein d’essence du « Vespa » ou du « Solex ».
- Un coiffeur, Monsieur Chevin au 135 Avenue Mackensie King.



Quelques marchands ambulants ponctuaient aussi la vie de la cité :

- M.Feutray : Poisson et légumes
- M Goudifa : Montres, bijoux, horloges, linge de maison qui faisait ses tournée à vélo et qui trimbalait sa grosse sacoche noire sur son vélo.
- M Thorel Marchand de charbon
- M Fauvel Charcutier
- M Bénard qui livrait du cidre aux habitants qui le désiraient.
- Un apiculteur M Charpentier venait vendre son miel et les autres produits de son travail.
- M Arent qui achetait les peaux des lapins que les habitants élevaient et qui achetait aussi la ferraille, des chiffons et des os....oui ! oui ! Des os pour en faire des peignes et des manches de couteaux. Il annonçait son passage en criant : " Peau de lapin ! Peau ! "
- Un livreur de journaux à bicyclette: Monsieur COPIN
- Des marchands de glace sillonnaient aussi le quartier Messieurs Fernandez et Bénard
- Il y avait aussi un vendeur de poisson qui passait avec sa petite voiture à bras. Il y avait aussi un marchand de journaux qui faisait ses tournée en vélo et un remouleur qui passait deux à trois fois dans l'année. Leurs noms ?
- Madame Colette, sage-femme. Elle venait accoucher les mamans à domicile. Alain Boulang se souviens que sa sœur Brigitte lui doit la vie. Lorsque cette dernière est née avant terme, son petit cœur ne battait plus. Mme Colette l'a réanimée puis l'a délicatement déposée dans une boîte à chaussure emplie de coton, pour que ce bébé n'ait pas froid. Brigitte a aujourd'hui 56 ans ! Beau bébé !

Le quartier avait même son Comité des Fêtes dont les membres étaient très actifs : Mesdemoiselle Andrée Goubert et Caron, messieurs Chédru, Chevin, Mallèvre Paul, Caron, André et Georges Goubert, Jules Courbe.



Messieurs Pinel René et Monsieur Rade Lucien qui se sont succédés comme facteurs ponctuaient eux aussi le rythme de la vie des habitants.

M Pinel fit la une des journaux :

"Oui, mais ma pomme fait 570 grammes" nous a déclaré un sympathique facteur des P.T.T. M Pinel qui habite chemin vert à Neuville lès Dieppe. Il venait de lire dans notre journal ( Les Info Dieppoises ) l'entrefilet réservé à la pomme des 535 grammes récoltée par M Bourdon; adjoint au maire de Hautot sur Mer, dont le record est donc aujourd'hui battu.

L'espèce " Grand Alexandre" doit s'incliner devant la " Calleville" qui fait 35 grammes de mieux.

Mais M Folâtre, pépiniiériste, lui, reste imbattu pour le moment, puisque fournisseur de M Bourdon , il est également celui de M Pinel. Celui-ci à cueillit cinq fruits sur son pommier...dont la plus grosse fait 640 grammes.

Les terrains de jeux favoris des enfants étaient les herbages qui se situaient à l'emplacement même où la cité d'urgence sera construite quelques temps après. Ils y jouaient au football. Il y avait aussi les buttes de terre situées un peu plus loin Ces photos ont été prises avant la construction de la cité d'Urgence. Les 10 pins qui sont derrière sur un talus, faisaient face aux N° 108 A,108 B, et 107 A ( que l'on peut deviner, de droite à gauche )

La tradition voulait que tous les ans, entre la Pentecôte et l'Ascension une petite fête foraine s’y arrêtait quelques jours. Elle stationnait devant la cité d'urgence. Un cirque aussi, une fois dans l'année distrayait les enfants de la cité. Il stationnait au bout de la rue d'Halifax après la famille Lefebvre tout près de la famille Chapelle.

Ses écoles : 3 baraquements en bois accueillaient l’école des filles, celle des garçons et un autre la maternelle appelée à cette époque classes enfantines.



Visite de René Coty en 1948 , année où la population est passée de 628 habitants à 1500. 1956 verra les premiers départs. Les maisons vides sont aussitôt détruites et 1975 les derniers départs.


Le début de la fin...

Cliquez sur les miniatures soulignées pour agrandir les images

Sur un Journal Municipal dressant le bilan de ce qui a été fait et datant de février 1971 , que m'a confié M Tournier, ancien maire de Dieppe, voici ce qui est rapporté " Le réseau des voies urbaines était notoirement insuffisant pour supporter l'augmentation du trafic routier de transit et la circulation dans Dieppe et vers Neuville ; c'est pourquoi il fut inscrit au Vème Plan un programme de travaux routiers de voies rapides qui comportait l'élargissement à quatre voies de l'Avenue des Canadiens, à partir de la Maison Blanche, la construction d'une rocade au Val Druel et une voie pénétrante parallèle au cours de Dakar et aboutissant au quai Duquesne ; programme dont le financement dépend en grande partie de l'Etat... ...Seuls les travaux d'élargissement de l'Avenue des Canadiens, et pour la partie pénétrante, ont fait l'objet d'un financement qui a permis : de commencer les travaux sur la RN15, de commencer l'acquisition des terrains nécessaires à la réalisation de la pénétrante. De plus le Conseil Municipal décidait de réaliser parallèlement à ces travaux, l'élargissement du Quai Duquesne à quatre voies de circulation, et la construction de l'échangeur routier sur la RN15 pour permettre la desserte routière de la future Z.A.C. du Val Druel."

Dans un autre Journal Municipal, datant lui de début 1969, toujours partagé par M Tournier, voici ce qui avait été décidé presque 2 ans auparavant dans le cadre du Programme Social de Relogement ( le P.S.R.) : " Conscients cependant que le prix des loyers H.L.M. dépassait la possibilité de paiement de nombreuses familles, le Conseil Municipal de Dieppe demandait aussitôt l'autorisation, à défaut de H.L.M., de construire des P.S.R., seule catégorie de logements dont les loyers étaient alors inférieurs à ceux des H.L.M. Il a été alors promis l'attribution des 50 P.S.R. par an à Dieppe. Mais, il était bien précisé que ces logements ne pourraient être affectés qu'aux locataires de baraquements provisoires, ou, ce qui n'est plus possible maintenant, exceptionnellement, et sur autorisation spéciale, d'immeubles menaçant ruine et compris dans une opération de rénovation urbaine....En trois années, 147 familles ont pu être relogées, soit en P.S.R. soit en H.L.M. par nos services..."

Et M Tournier d'ajouter : " J'ai été nommé maire en 1965 et j'ai donc travaillé sur les questions de logement. A l'époque il faut rappeler que Dieppe et Neuville étaient séparés même si nous collaborions. Il faut dire aussi qu'il y avait à Paris un ministère du logement qui contrôlait très strictement les constructions faites . C'est ainsi que l'état avait autorisé des conditions de financement particulières mais en nombre très limité pour les habitants de locaux en baraquements ou insalubres. Cela s'appelait le programme social de relogement ou PSR. Nous avons donc du nous battre pour en obtenir le plus possible. En I967 il en était prévu par exemple 9500 pour toute la France. Il y avait pour la Cité Provisoire des conditions particulières le terrain n'appartenant pas à la ville et les Services de la reconstruction propriétaires ne voulaient plus faire de travaux... Notre adjoint était Monsieur Jean Pierre Caron très actif et qui je m'en souviens encore avait eu la joie de nous annoncer le 28 octobre I97O que tous les habitants de la Cité Michel avaient pu enfin être dignement relogés."

C’est en 1970 que 55 logements sont construits aux Bruyères. Ils sont construits par les HLM, avec le concours de la Ville et font partis du programme des PSR.

En novembre 1972, "Le Conseil Municipal adopte un programme de 32 PRI qui doit mettre fin à l’attente des familles nombreuses de Camp de Transit isolées dans leur baraquements vieux de trente ans. » (Les Informations Dieppoises du vendredi 3 novembre 1972)

Cette décision est en fait l’aboutissement du programme de 140 logements et libérera ainsi ainsi totalement le Camp de Transit. Le coût total de l’opération est de 2 195 000 Frs et fera l’objet d’une dotation spéciale. Un prêt de 286 000 frs est à solliciter par la ville, celle-ci participant pour une somme totale de 386 200 frs. Une somme qui fut estimée très importante par M Bourgois, M Jacqueline, rapporteur, soulignant que les « économies » proposées par les HLM sur cette construction ne pouvaient être admises.

En juillet 1973, la Société Dieppoise de HLM publie son bilan lors de son assemblée générale : En 1972, ce sont 870 logements attribués dont 371 nouveaux, 403 anciens, laissés vacants et 26 échangés. La société possédait au 31 décembre, 3 544 logements, 314 garages, 38 commerces, 1 logis-foyer pour les personnes âgées, 1 bureau de poste et 12 locaux résidentiels communs. 1973 aura pour seul objectif, la fin de la « crise » du logement, et une nouvelle orientation, celle de la réhabilitation des logements anciens.

Ainsi, une à une, les maisons se dépouillent de leurs habitants. Même si celles-ci sont démolies au fur et à mesure, des gens du voyage viennent s’installer, avec leur caravane, sur le terrain ainsi libéré. Des familles aussi, qui ne parviennent pas à quitter leurs racines, leurs repères, leur cité, s'établissent là, eux aussi.



Ainsi pendant près de 10 ans, la Cité Provisoire n’est plus que l’ombre d’elle même…Même les anciens ne la reconnaissent pas.

Au moment où j'écris ces mots, il me vient à l'esprit les premières paroles d'une chanson de Michel Sardou qui me semble bien résumer les sentiments ainsi éprouvés :

" C'était mon quartier autrefois,
Plus rien n'existe, tout a changé
Même ma rue je ne la retrouve plus
On a du reconstruire dessus
Des fenêtres aveugles un peu partout
Derrière lesquelles on s'abrutit..."

LEUR Cité a définitivement disparue, pour laisser place à un terrain vague sur lequel s’implantera quelques années plus tard le Centre Commercial que nous connaissons aujourd’hui.


La fin du provisoire....

Dans son journal « PROUE » de 1991-1992 l’Association Foyer Duquesne, conventionnée par le Département et connue de tous les dieppois, publie un article sur « Une action de relogement, particulière » :
La ville de Dieppe a décidé de libérer les terrains occupés par les habitants du « Camp de Transit », afin d’urbaniser ce secteur de DIEPPE compris jusqu’alors dans une réserve foncière. Il s’agit d’une opération délicate nécessitant une approche sociale des familles, afin d’accompagner leur transfert dans les meilleures conditions et de répondre au plus près à leurs désirs de relogement ou de déplacement de leurs caravanes. C’est dans ce cadre que la commune s’est adressée aux travailleurs sociaux du quartier et en particulier à l’association Foyer Duquesne afin de solliciter leur collaboration, ceux-ci étant mieux placés, par leur connaissance des habitants, pour concourir à ce projet. Le travail accompli au quotidien sur le « camp de Transit » par l’association de prévention « Foyer Duquesne » depuis 1971 la désigne comme partenaire privilégie de la ville à cet égard. Il existe en effet certaines relations de solidarité « éducateurs-population » qui permettent de penser que les actions concertées puissent être menées au mieux de intérêts de la population et des intérêts collectifs. Compte tenu de l’importance du travail que représente une telle collaboration pour le « FOYER DUQUESNE » il a été décidé d’un commun accord de conclure une convention précisant le cadre de l’intervention des éducateurs de l’association, ainsi que l montant de la rémunération qui sera allouée à cette mission.

BUT
Collaborer à une mission de déménagement des populations résidant actuellement sur l’espace dit « Camp de Transit »

OBJECTIFS
Cette mission consiste :
- à prendre en compte et à déterminer les besoins ( souhaits, désirs,…) avec la population concernée.
- à établir un bilan des possibilités offertes dans le cadre du relogement avec les instances décisionnelles
- à ajuster les besoins et à négocier avec la population.
- à réaliser le déménagement
- Il est a noter que ces différentes phases de la mission ne sont pas figées dans un ordre chronologique.


Le travail correspondant à cette mission est à effectuer en concertation avec les différents partenaires concernés par cette opération. Deux cellules de coordination sont créées afin d’assurer le suivi de celle-ci. La première, restreinte, sera composée des représentants de l’association FOYER DUQUESNE et des instances communales ; elle se réunira au minimum une fois par semaine. La deuxième sera élargie aux instances décisionnelles : élus, offices d’HLM, service d’Urbanisme, division sociale et se réunira à une cadence mensuelle sur convocation de la ville. Il est bien entendu que dans la mesure du possible, l’équipe pluridisciplinaire des travailleurs sociaux du quartier sera associée.


Et d’ajouter dans un autre article sur la même page :

Tout relogement est particulier, ne serait-ce et surtout pour les intéressés eux-mêmes. Une action de relogement est anxiogène à différents titres : notamment à cause, d’une part d’inconnu, changement de lieu, de repères, d’habitudes de vie liées à l’environnement mais aussi et, c’est parfois là, le plus difficile à admettre par la mise en évidence d’une façon d’habiter « hoirs normes », parfois dans des conditions améliorables. Bien souvent et c’est le cas précisément en ce qui concerne « le Camp de transit » le relogement est nécessité par des causes extérieures aux habitants eux-même, puisqu’il s’agit pour la Ville de libérer ces terrains afin d’urbaniser ce secteur de Dieppe. Rappelons que la plupart des habitants de ce lieu vivent en mobil-home et caravanes. Ils ont organisé leur espace et proximité- ou s’y sont habitués- en raison d’une certaine topographie naturelle et en raison d’affinités ou de rejet de voisinage.

Dans son journal « PROUE » de 1992-1993 l’Association Foyer Duquesne, publie un autre article « LE CAMP DE TRANSIT : Objectif atteint

La collaboration Ville-Mission de développement et l’Association Foyer Duquesne s’est poursuivie au cours de l’année 1992. L’Association Foyer Duquesne se situe en tant qu’accompagnateur social de part sa connaissance approfondie du mileiu afin d’aider aux déplacements des habitants tout en respectant leur mode de vie. Les éducateurs du Foyer Duquesne se sont employés à combattre et à désamorcer la tension qui régnait sur le camp de transit. Des recherches ont été entreprises afin de trouver des lieux de relogement ; de même nous avons servi de médiateur lors de réunions de concertation avec les habitants. Nous nous montrons inquiets des délais de transfert dus à la complexité du dossier et de l’éventuelle surenchère possible de la part des intéressés. Nous constatons déjà un mouvement de départ : 4 familles ont pu être relogées, tout en respectant leur mode de vie en caravane ; quelques-unes se sont intégrées dans le parc HLM. Les travaux de terrassement de l’ex ferme Hucher destinées à l’installation d’une trentaine de caravanes ont débuté depuis juin 1992, mais pour diverses raisons techniques, le chantier s’est trouvé retardé. Les demandes des interressés se sont transformées pour aboutir en un non catégorique. Fin 92, les départs se comptabilisaient à 32 personnes. Les départs prévus au printemps 93 seront de 70 personnes, resteront 33 personnes à reloger ou à transférer dont une partie à Rouxmesnil après un accord avec la mairie. Les nouveaux travaux entrepris à la Ferme Hucher devraient satisfaire les nouveaux habitants. Le camp de transit change d’image et se dépeuple rapidement. Le courant de l’année 93 verra sa disparition. Il restera quelques familles auxquelles il faudra trouver une solution.



Ainsi la Cité Provisoire s'efface pour laisser place au Centre Commercial que nous connaissons aujourd'hui :

Les photographies qui suivent appartiennent aux archives du magasin Auchan. Nous les devons plus particulièrement à Lionel Legras qui nous les a confié, pour le partage....Tout simplement...1994....




Mon p'tit mot de la fin....

Il est vrai que la fin de cette histoire est triste, mais elle est réelle. L'histoire de cette cité est étroitement liée à celle de notre ville de Dieppe. Liée non seulement par rapport à sa construction même, à ce niveau elle fait même partie de la grande Histoire de France, mais aussi par rapport à son existence, à la vie, qui s'est ainsi écoulée pour plus de 2 500 personnes au cours de toutes ces années.

Des gens, qui n'ont pas eu d'autre choix que d'y habiter, puisqu'ils avaient tout perdu ; mais des gens qui ont fait le choix d'y vivre, de l'animer, d'y éduquer leurs enfants avec des valeurs humaines de solidarité, de générosité et d'humilité. Des gens qui ont eu le pouvoir, à force de volonté, de transformer un simple quartier en un véritable petit village ....

Ne me dites pas que çà ne valait pas un petit résumé historique et une petite trace de Mémoire !

Le sentiment qui m'a animé, tout au long de ces recherches à été celui de vivre une véritable aventure humaine...MERCI à VOUS.

Je laisse le soin aux générations futures d'approfondir ce travail collectif qui a été réalisé...

S'il y a une leçon a tiré de toute cette histoire, c'est bien celle que M Tournier a donné : "Dans mon activité et avec l'accord du médecin traitant j'allais souvent à la Cité provisoire visiter des malades . Mais j'étais frappé par la cordialité , l'ambiance qui régnait et une véritable amitié s'installait entre nous . Très marqué par les conditions de logement à Dieppe non seulement à la Cité Provisoire mais dans la ville elle même où beaucoup de dieppois étaient souvent entassés dans des conditions inadmissibles je me suis présenté aux élections à Dieppe ." Preuve que pour changer les choses, il est préférable d'être acteur plutôt que spectateur !

Je donne le mot de la fin à Monsieur Aubourg, pour que le passé puisse enfin servir un jour l'avenir : "...je suis persuadé que les premiers habitants de cette Cité ont eu à souffrir d'un " mal "que l'on semble n'avoir découvert que récemment : " l'exclusion "